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Vingt ans de commerce extérieur : 1995 - 2015

Les échanges extérieurs agroalimentaires de la Guadeloupe présentent des caractéristiques très particulières. Une exportation qui repose sur trois produits majeurs : les fruits et légumes pour 38 %, le sucre pour 28 % et le rhum pour 9 % des volumes exportés. Ces produits sont tous d’origine agricole et représentent 80 % de nos exports.

Cette spécialisation et cette concentration fragilisent notre commerce qui, d’une part, est très dépendant vis à vis des pays clients et fournisseurs et, d’autre part, nous soumet aux aléas climatiques non maîtrisables ainsi qu’aux variations de prix et de la demande auxquels les produits d’origine agricole sont très sensibles.

La structure de nos échanges a peu évolué durant ces vingt dernières années et sa projection sur une durée longue permet de constater quelques grandes évolutions qui ont marqué notre territoire.

Tout d’abord le développement à l’exportation qui voit le nombre de nos « clients » multiplié par 3 en vingt ans (6 pays en 1995 pour 20 pays en 2015).

Ensuite une explosion de la consommation des produits congelés, quasi inexistants en 1995 et qui sont maintenant importés en masse au détriment des produits frais notamment pour la filière volaille (27 tonnes en 1995 pour 10 000 tonnes en 2015).

Une balance commerciale agricole largement déficitaire

Les volumes échangés restent stables sur la période 1995-2015 (import +9% , export +1,3%). Le pic des exports de 1997 correspond à l’année record du volume de bananes exportée qui a atteint 101 436 tonnes pour chuter l’année suivante à 76 000 tonnes, baisse causée par le passage du cyclone Georges.

A l’opposé des échanges en volume plutôt stables sur la période, les échanges en valeur ont connu une nette augmentation. De +76 % sur la première décennie, les exports se sont ensuite tassés de 2005 à 2015 avec seulement 8% d’augmentation.

Les importations ont quand à elles augmenté de manière constante, +49 % de 1995 à 2005 et de +39 % de 2005 à 2015 creusant encore plus notre balance commerciale à -456 M€ en 2015 pour le secteur de l’agroalimentaire. On note une forte baisse de 13 % des importations suite aux évènements en 2009, rattrapée l’année suivante par une hausse de 28%.

En conclusion, on peut dire que nous importons le même volume de produits qu’en 1995 mais que ceux ci coûtent deux fois plus chers. Pour les produits exportés, on constate qu’ils n’ont pris quasiment aucune valeur ajoutée durant les dix dernières années (+1,3 % en volume et +8 % en valeur).

Principaux produits échangés

Sur l’ensemble de la période 1995-2015, pour les exportations, on retrouve en tête les quatre produits phares à savoir les fruits (banane, melon) pour 42 % en moyenne des volumes exportés, les sucres pour 41 % des volumes suivi par les farines 7 % et les alcools (rhums) à 5 %.

Les céréales arrivent en tête des importations avec 20 % des volumes importés, suivi des produits laitiers 16 % des volumes, des boissons 13 % des volumes suivies des bois et ouvrages en bois avec 11 %.

Balance commerciale par zone géographique

La France métropolitaine reste le principal fournisseur de la Guadeloupe. L’augmentation des échanges est constante sur la période (+88%). Les échanges avec le reste de l’Union Européenne, après une forte augmentation dans la première décennie (+86%), ont tendance à se stabiliser entre 2005 et 2015 (- 6%). Les échanges avec la zone Amérique (+ 3% sur 20 ans) restent stables .

La balance commerciale pour l’année 2015 est largement déficitaire à l’instar de la moyenne annuelle sur 20 ans. Seules 2 catégories de produits ont des soldes positifs : les fruits, portés par la banane et le melon ont un solde positif vis à vis de la métropole et de l’UE tandis que les sucres ont un solde positif vis à vis de l’union européenne.

On trouve les déficits les plus importants dans les secteurs de la viande, les produits laitiers, les plats cuisinés et les boissons et vis à vis de la métropole.

Importations

Les principaux fournisseurs de la Guadeloupe

La France métropolitaine reste le principal fournisseur de la Guadeloupe avec 260.000 tonnes en moyenne importés, loin devant les Pays-bas (19.000 tonnes).

On retrouve deux pays de la caraïbe dans les 10 premiers fournisseurs de la Guadeloupe (hors métropole) : la Guyane (5.000 tonnes) et Trinidad et Tobaggo (4.581 tonnes).

Dans nos dix principaux fournisseurs, les Pays-bas fournissent principalement des boissons, le Brésil du bois, l’E.U.A.N. (USA, Canada, Mexique) du bois, des légumes, plantes et tubercules, la Belgique de la viande, des légumes, plantes et tubercules, la Guyane des céréales et du bois, l’Espagne des boissons et des liquides, alcools et vinaigre, l’Italie des préparations à base de céréales et des pâtisseries, Trinidad et Tabaggo ainsi que le Danemark des boissons et enfin du bois et charbon pour le Honduras.

Une forte augmentation de la valeur de nos importations

Si la courbe des valeurs évolue de la même façon que la courbe des volumes exportés jusqu’en 2002 on constate ensuite une décorrélation des courbes qui s’accentue avec le temps.

Les valeurs ont augmenté de 56% sur la même période et cela de manière linéaire (+28 % de 1995 à 2005). Le prix à la tonne importée est passé de 0,99 € à 1,53 € la tonne. On observe une décorrélation prix/volumes à partir de l’année 2002 ce qui correspond au passage à l’euro.
On constate une baisse notable en 2009 due aux évènements survenus en Guadeloupe où l’île est restée bloquée quasiment deux mois.

Importations viandes (en tonnes)

L’évolution des habitudes de consommation entraîne une augmentation conséquente des produits congelés (bovins +60 %, porcins + 84 %), au détriment des produits frais (excepté pour les ovins/caprins). Cette augmentation est surtout concentrée sur la période 1995-2005 pour se stabiliser pendant la seconde décennie. Cette évolution est sans doute liée à l’augmentation de la population de +8 % (source Insee) de 1995 à 2005 alors quelle se stabilise voir baisse légèrement entre 2005 et 2015.

Les volumes des importations de viande porcine sont très faibles ce qui peut s’expliquer par une bonne couverture par la production locale.

Pour la volaille, en 20 ans, les habitudes de consommation ont totalement été inversées. Nous sommes passés de 11000 tonnes à 2 800 tonnes importées pour les produits frais alors que sur la même période les importations de produits congelés, quasi inexistantes en 1995, sont passées à 10 000 tonnes en 2015.

Les importations de crustacés sont restées stables sur la période alors que celles de poisson ont augmenté de 31 %.

Les volumes de la bière et du maïs ont augmenté fortement durant la période (+96 % et +83 %) tandis que le froment (-45 %) et le riz (+36 %) subissaient de fortes baisses. C’est d’autant surprenant concernant le riz qui est depuis toujours un aliment de base de l’alimentation des Guadeloupéens. C’est le signe d’une évolution importante de nos habitudes alimentaires.

Exportations

Les principaux clients de la Guadeloupe

Comme pour les importations, la France métropolitaine est bien sûr le principal client de la Guadeloupe avec 124.000 tonnes exportées par an en moyenne, loin devant la Martinique et la Guyane avec 10.000 et 5.000 tonnes. L’Italie avec 4.200 tonnes devance ensuite le Royaume-Uni, l’E.U.A.N. et le Portugal avec respectivement 3.500, 2.500 et 2.000 tonnes de produits achetés.

Les volumes affichés par la Martinique et la Guyane correspondent en majorité à des échanges inter Dom avec soit des réacheminement de produits importés en Guadeloupe soit à des exportations regroupées (banane par exemple), cf Marché Unique Antillais.

Les sucres et fruits (bananes) composent quasi exclusivement les exports vers l’Italie et le royaume-Uni tandis que le sucre est le principal produit vendu au Portugal et à l’E.U.A.N.

Les principaux produits exportés

Sans surprise les principaux produits exportés sont la banane, le sucre, le rhum et dans une moindre mesure le melon.

La banane reste en tête des volumes avec une production 2015 quasiment identique à celle de 1995 (-7 %). Le sucre, s’il est en progression de 80 % par rapport à 1995, est en nette baisse (-30 %) entre 2005 et 2015. Le melon quant à lui après une forte hausse entre 1995 et 2005 est revenu en 2015 à des niveaux proches de 1995.

Seul les rhums ont été en constante progression sur la période avec une augmentation régulière pour chaque décennie (environ + 38%).

Focus sur la banane

En 1995 les cyclones Luis et Marylin ont réduit à néant les bananeraies et il a fallu attendre 1997 pour retrouver des niveaux de productions normaux. L’année1997 a même été exceptionnelles car la production a dépassé le cap des 100.000 tonnes, la seule fois en vingt ans. Malheureusement, Georges détruit 80% des bananeraies en 1998 et la production remontera ensuite années après années pour atteindre de nouveau son apogée en 2002 avec 96.000 tonnes. La production va ensuite chuter pour atteindre son plus bas niveau en 2007 avec 38.000 tonnes. Cette chute est due aux effets cumulés du marasme du marché européen entraînant une baisse des prix et des conflits sociaux secouant le secteur ainsi qu’au cyclone DEAN.

La création d’une seule structure professionnelle « Les Producteurs de Guadeloupe » (LPG) redonne un nouvel élan à la filière. Cette nouvelle organisation ainsi que la mise en place des aides POSEI en 2009 vont permettre aux exportations de banane de remonter jusqu’en 2014. La baisse de 2015 est due à l’état de sécheresse exceptionnelle que la Guadeloupe a connu, amenant l’État à débloquer le fonds de secours pour aider les agriculteurs en difficulté.

Les prix sont restés stables sur les vingt années oscillant autour des 460 € la tonne. Un prix exceptionnellement bas (270€) a marqué l’année 1997 alors qu’elle affichait des volumes de production record.

Focus sur le sucre

Marquée par les cyclones en 1995 et 1996, les exportations de sucre reviennent à la normale en 1997 (56.000 tonnes). Suite à une année 1998 marquée par le cyclone Georges, la production reprend son rythme normal. Jusqu’en 2002, année marquée par une forte baisse de la production due principalement à la sécheresse de 2001.

Les fluctuations jusqu’en 2012 sont le reflet des aléas climatiques annuels, positifs comme négatifs.

Suite à la mauvaise année 2013 un plan d’action a été mis en place, conduisant notamment à la replantation de près de 1/5 de la sole cannière au cours de l’inter campagne. Ces replantations ont porté leurs fruits car la production est repartie à la hausse en 2014 et 2015. Elle devraient permettre de trouver des niveaux de production plus élevés dans les prochaines années.

Les prix à la tonne ont, durant cette période, baissés de 30%, passant de 538 € la tonne en 1995 à 378 € la tonne en 2015. Le prix moyen annuel de 1995 à 2005 était de 528 € la tonne tandis qu’il était de 463 € la tonne entre 2005 et 2015.

Les prix ont fortement chuté, -27 %, entre 2013 et 2015.

Focus sur le Rhum

Hormis les années 1995 et 1996 pendant lesquelles la Guadeloupe a été touchée par plusieurs cyclones, la production de rhum à quasiment été toujours en croissance. Cette croissance très régulière (35% entre 1995 et 2005 et 39% entre 2005 et 2015) a été de 4% par an en moyenne. Elle a quasiment doublée en passant de 3992 tonnes en 1995 à 7500 tonnes en 2015.

La baisse de l’année 2003 était le résultat d’une forte sécheresse sévissant depuis 2002 qui, si elle a favorisé la richesse de la canne, a entraîné une chute important de la production (-17 % par rapport à 2002).

L’évolution des prix est nettement plus favorable pour les rhums que pour la banane et la canne. 143% d’augmentation entre 1995 et 2015 soit une augmentation moyenne annuelle de 4,85 %, les prix de la tonne passant de 1361 € en 1995 à 3309 € en 2015. La valeur ajoutée de la production de rhum est indéniable.

Couverture du marché par la production locale

Le taux de couverture mesure la capacité de la production locale à répondre aux besoins locaux de consommation. Il se calcule de la façon suivante :
taux de couverture (en volume) = (Production - Exportation)/(Production + Importation - Exportation).

Les importations et exportations prises en compte n’intègrent que les produits agricoles non transformés (bilan simplifié).

Le taux de couverture en frais n’intègre pas les importations de produits congelés car il n’existe pas de production locale de produits congelés qui sont donc couvert à 100% par des importations. La production de viande locale est calculée à partir des abattages contrôlés.

Légumes

On distingue 3 catégories principales dans les légumes : les productions phares telles que l’aubergine, les épinards, la courgette, la banane plantain ou encore le concombre qui ont des taux de couverture proches de 100% malgré une légère baisse ces dernières années de la salade et de la tomate avec une couverture de 85%.

Des productions qui se sont étiolées au fil du temps comme le céleri qui est passé de 60 à 10% de couverture en 15 ans, les piments - poivrons qui sont passés de 90 à 50 % de taux de couverture, la carotte de 54 % à 11 % et le poireau qui a quasiment disparu en passant de 18 à 2% de taux de couverture.

Et des productions qui se développent comme le chou qui est passé de 38 à 51 % de taux de couverture.

Fruits

La production locale d’ananas à permis de couvrir les besoins jusqu’en 2010, date à laquelle la production a fortement chuté (44%) pour atteindre son plus bas niveau en 2013 (44% des besoins couverts). Elle est ensuite restée stable jusqu’en 2015 aux alentours des 50%.

Après une bonne progression (20%) entre 2000 et 2001, la production d’agrumes va resté relativement stable, autour des 60% de couverture) jusqu’en 2012 date à laquelle elle entame une forte baisse (-34%). Elle atteint son plus bas niveau de couverture en 2014 avec 14% des besoins couverts. Elle entame une faible remontée entre 2014 et 2015.

Cette forte chute s’explique par l’épidémie de citrus greening qui a touché nos plantations d’agrumes en 2012, imposant des arrachages massifs.

Viande fraîche

La viande de porc arrive sans conteste en tête de nos productions locales avec une couverture locale de 96%, quasiment stable sur les quinze dernières années.

Le taux de couverture de la viande bovine se maintient aux alentours de 70 % évoluant de plus ou moins 5 % par an : les années 2001 (85 %) et 2009 (80 %) ont été les meilleures années pour cette production. Ce bilan est le résultat d’une baisse de la production et de la consommation.

La volaille, aux alentours de 50% jusqu’en 2004, a vu son taux de couverture baisser et se stabiliser aux alentours de 25 %. Cette production est fortement concurrencée par la viande congelée dont les importations ont explosé dans la dernière décennie malgré une qualité moindre mais à des coûts nettement inférieurs à la viande fraiche.

Enfin les taux de couverture des ovins caprins est peu représentatif car l’abattage non contrôlé représente une part importante voir supérieure aux abattages officiels.

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